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Forum de l'investissement AllianzGI

Conclusions du forum de l'investissement d'AllianzGI - Septembre 2016

Nos experts de l’investissement se sont récemment retrouvés à Francfort pour la seconde édition de notre Forum de l’investissement de 2016. Dans cette synthèse, Neil Dwane explique que la croissance restera faible, que les banques centrales freineront toute remontée des taux de rendement et que l’environnement politique alimentera les incertitudes. Dans un tel contexte, les performances des investisseurs reposeront essentiellement sur leur capacité à s’exposer au risque et à s’appuyer sur une approche active.

Nous avons pris le pouls de l’économie et n’avons opté que pour des ajustements mineurs de notre position maison. Cette décision résulte du constat que notre thèse relative à la répression financière reste inchangée, sans visibilité quant à une fin prochaine de l’environnement actuel. Parallèlement, d’autres thèmes, notamment la remontée des risques politiques à travers le monde, la « japonisation » de l’Europe et les conséquences douloureuses des taux négatifs, risquent fort d’affecter durablement les investisseurs.

Messages clés

  • L’incertitude reste significative à travers le monde, à mesure que la répression financière se renforce et que les cycles politiques et événements géopolitiques s’accélèrent.
  • L’Europe reste sous le coup du Brexit et d’autres enjeux politiques majeurs alors que la région est déjà pénalisée par la faiblesse de la croissance mondiale.
  • Le repli vers la sécurité amorcé depuis les pays pratiquant une politique de taux négatifs a contribué à l’attrait des actions en Asie et au sein des marchés émergents. Les performances ajustées du risque générées par les actifs alternatifs peuvent aider les investisseurs à construire une exposition mesurée et adaptée au risque.

L’état de l’économie mondiale

La croissance économique et l’inflation sont restées anémiques tout au long de l’année, et les rendements obligataires réels ont de nouveau reculé en réaction aux politiques de taux d’intérêt négatifs initiées en Europe et au Japon. Comme nous l’avions anticipé lors de précédents Forums, la volatilité est repartie à la hausse au sein de différentes classes d’actifs, telles que les actions internationales, le pétrole et les obligations. En revanche, sur un plan plus positif, l’Inde et l’Indonésie ont affiché des performances encourageantes, le renminbi chinois est resté stable en dépit des craintes de dépréciation et le pétrole s’est maintenu dans une fourchette de fluctuation bien définie.

Mondialisation des risques politiques
La politique est progressivement devenue l’un des facteurs de risque majeurs pour les investisseurs. Ce constat vaut tout particulièrement suite au Brexit, aux turbulences en Italie et en Espagne et en prévision des élections présidentielles aux États-Unis, qui ne cessent d’alimenter les incertitudes et la volatilité sur plusieurs marchés. Malheureusement, l’une des tendances résolument à la hausse au sein du monde tient à l’augmentation du nombre de conflits violents, qui se traduisent par d’importants flux de réfugiés et un regain d’attaques terroristes. D’après certaines estimations, le coût financier de cette recrudescence de violences politiques s’élèverait à plus de 13 000 milliards USD. Ce type de conflits contribue également à la montée en puissance de mouvements populistes et nationalistes aux États-Unis et en Europe, qui pourraient venir mettre un terme aux phénomènes de mondialisation, de liberté d’échange et de déréglementation qui se sont développés depuis les années 1980. Cette tendance populiste semble trouver son origine dans l’inégalité des revenus et le nombre croissant des laissés pour compte de la mondialisation. Elle pourrait finir par toucher de plein fouet les multinationales si les gouvernements s’entêtent à interférer sur le terrain de la fiscalité et des opérations de fusion-acquisition.
Les élections présidentielles américaines offrent un parfait exemple de cette montée du populisme, au travers de la campagne résolument protectionniste du candidat Donald Trump. Les investisseurs en quête de paris sectoriels feraient bien de garder en tête que Donald Trump privilégie la « vieille énergie » et la défense, tandis qu’Hillary Clinton semble plus favorable aux « nouvelles énergies ». En outre, chacun des candidats se déclare en faveur d’une hausse des dépenses d’infrastructure comme moyen de relancer la croissance économique.

L’Europe se prépare-t-elle à tomber dans le même piège que le Japon ?
Il est devenu évident que bon nombre des promesses formulées par les dirigeants politiques, notamment en termes de santé et de protection sociale, risquent fort de s’avérer inabordables à moins que les gouvernements n’engagent des réformes structurelles majeures. Or, force est de constater que cela est loin d’être le cas au Japon et au sein de la majeure partie de l’Europe,
ces régions étant d’ores et déjà confrontées à des difficultés systémiques sur le front de la démographie, au risque de continuer de stagner. En effet, plusieurs éléments semblent confirmer que le recul de la croissance économique en Europe risque d’entraîner la région sur la même voie sans issue dans laquelle le Japon s’est aventuré dans les années 1990. En revanche, c’est bien le monde dans son ensemble, et pas uniquement l’Europe, qui s’est trouvé pénalisé par l’évolution des tendances démographiques et la baisse de la productivité du travail. En outre, le PIB par habitant en Europe est nettement supérieur à celui du Japon. Contrairement au Japon, cet indicateur est également à lire à la lumière d’un moindre endettement et d’un secteur immobilier qui n’est pas surévalué.

Les conséquences des politiques de taux d’intérêt négatifs sur la stabilité financière et la croissance économique.
Naturellement, les banques de la zone euro se font l’écho du traumatisme subi par les banques japonaises. Une analyse plus attentive laisse penser que la BCE pourrait avoir été trop loin en recourant à une politique de taux négatifs. En effet, le succès limité de ces mesures a repoussé toute motivation d’engager des réformes structurelles, en particulier dans la mesure où la BCE n’est pas habilitée à sanctionner les mauvais élèves dans ce domaine. Cependant, au Japon, la poursuite durable de politiques de taux zéro et négatifs a pénalisé la performance et la solvabilité de l’ensemble des banques et des compagnies d’assurance du pays. Voici peut-être l’avenir qui nous attend en Europe. L’aventure de la banque centrale dans l’univers des taux négatifs s’inscrit dans la durée. Contrairement à la finalité des outils de politique monétaire avant la grande crise financière, l’objectif est désormais de soutenir la croissance économique. Cependant, les politiques de taux zéro et de taux négatifs ont poussé les investisseurs en quête de rendement vers des actifs toujours plus risqués. Cette situation rendra d’autant plus difficile le retrait des politiques monétaires actuelles.

Les solutions pour les investisseurs

Si les banques centrales auraient probablement mieux fait de se tenir à l’écart des politiques de QE, évitant ce faisant les distorsions qui en ont résulté, force est de constater que l’environnement actuel devrait rester marqué par des niveaux de rendement durablement plus faibles. En effet, la répression financière pourrait bien se prolonger encore une vingtaine d’années. Dans un tel contexte, la croissance économique mondiale restera faible et atone, tandis que les performances des investisseurs reposeront essentiellement sur leur capacité à s’exposer au risque et à accepter de la volatilité. Alors même que le décor semble clairement planté en faveur d’une volatilité accrue, alimentée par tant d’incertitudes politiques, économiques et monétaires, les investisseurs doivent conserver une approche active, faisant preuve de rigueur et de ténacité dans leur quête de performances. Des opportunités attrayantes peuvent être identifiées au sein des marchés d’actions, tandis que des sources robustes de revenus potentiels sont également offertes par les actifs obligataires au sein des marchés émergents, en Asie et aux États-Unis. Naturellement, il est essentiel de s’appuyer sur une approche active de la
recherche d’alpha dans ces secteurs, dans la mesure où la performance issue du bêta devrait rester limitée et volatile. Cette évolution pourrait pénaliser les investissements indiciels bon marché. Un réel engagement auprès des entreprises, initié dans le cadre d’une approche environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) plus large, peut également constituer un véritable moteur de performance. En outre, il peut être pertinent pour les investisseurs de s’intéresser aux atouts en termes de limitation des risques et de diversification offerts par les solutions alternatives. En tout état de cause, il est essentiel que les investisseurs comprennent qu’ils n’ont guère d’autre choix que de s’exposer au risque pour espérer réaliser leurs objectifs de performance.